Historique
Le Koshi, la lutte traditionnelle iranienne, appartient au Varzesh-e Pahlavani, les arts martiaux traditionnels iraniens.
Le Varzesh-e Pahlavani était à l'origine une caserne qui servait également de gymnase. Certains font remonter son origine à l'empire Parthe (-132 - 226). Cette Académie s'enrichit peu à peu des valeurs morales, éthiques, philosophiques et mystiques de la civilisation iranienne, issues notamment du soufisme et du mithraïsme. Les guerriers de cette institution, dont beaucoup se distinguèrent dans les luttes contre les envahisseurs grecs, arabes et mongols, portaient le nom de Pahlavans, qui signifie ainsi à la fois "lutteur" et "héros national".
Le Varzesh-e Pahlavani atteignit le sommet de sa popularité sous le règne du Shah Naser-e-din de Qajar (1848-1896), qui était toujours suivi de pahlavans lors de ses déplacements à l'étranger (ces derniers eurent alors plus d'une fois l'occasion de se mesurer à leurs homologues occidentaux notamment). Pendant cette période, de nombreux Zoorkanehs (centres dédiés aux Varzesh-e Pahlavani) furent construits en Iran. Beaucoup de grandes familles iraniennes possédaient par ailleurs un pahlavan parmi ses membres. Le Pahlavan officiel était nommé tous les 21 mars (le 1er jour de l'année iranienne) à la suite d'une compétition de lutte à laquelle assistait le Shah, qui remettait au vainqueur un Brassard.
Si, sous le régime des Pahlavi, le Shah Reza montra peu d'intérêt pour le Phalavini, son fils Mohammad Reza Pahlavi, couronné en 1941, restora la pratique de la nomination du Pahlavan officiel en sa présence. Pour créer une Fédération de Pahlavani et sauver ce qui restait des traditions de cet art, il missionna néanmoins Shaban Jafari, un personnage trouble peu apprécié du peuple. L'influence du modèle occidental donna dès lors le coup de grâce au Pahlavini traditionnel, qui, en devenant un sport moderne, abandonna certaines de ses pratiques rituelles telles que la remise du Brassart.
La venue du régime islamique en 1979 ne changea pas la donne ; au contraire, la pratique du Pahlavini est aujourd'hui tombé en désuétude en Iran. On peut néanmoins encore y assister, dans les rares Zoorkhaneh toujours en activité.
Chookheh
Styles
Chaque école de Pahlavani possède ses propres caractéristiques, fonctions des spécificités culturelles de la région où elle est installée. Si elles promeuvent les mêmes valeurs morales et éthiques, les écoles enseignent des exercices et des techniques légèrement différentes.
Les écoles majeures sont celles de :
la ville de Tehran (Téhéran) : la plus grande école de Pahlavani d'Iran, qui fut fondée sous la dynastie Qajar. C'est le Shah Nasser-e-din qui ordonna la construction d'un Zoorkhaneh dans son palais ; il participait d'ailleurs lui-même à ses rites. Le Zoorkhaneh royal finit par s'ouvrir au peuple, alors que d'autres centres furent bâtis : Shamsul-Emareh Zoorkhaneh, Noroz Khan Zoorkhaneh, Sarcheshmeh Zoorkhaneh.
la province de Khorasan : peut-être l'école de Pahlavani la plus vieille. On la trouve principalement dans les villes de Toos, Mashad, Sabzevar, Ghouchan, Bojnourd, Shiravan et Neyshabour. C'est à cette école que se rattache le Choukheh (Chookheh, du mot désignant la veste de laine blanche, rouge ou bleue que portent les lutteurs), une forme locale de Koshti devenue populaire lors de la période Safavid.
la ville de Yazd : école populaire au 19e siècle.
la ville de Qum : école proche techniquement de celle de Tehran, en raison de leur proximité géographique.
la province de Mazandaran : comme celle de Khorasan, cette école possède une forme locale de Koshti, la Loocho.
Le Pahlavani est encore pratiqué, vers l'ouest, aux Kurdestan, Lorestan, Kermanshah, Hamedan, et dans certaines parties de l'Azarbaijan.
On peut assister à des rencontres de Chookheh à Shirvan, Qoochan, Torghabeh, Bojnoord, Mashhad, Ashkhaneh, Esfarayen, Chenaran et Darehgaz dans le nord de la province Khorassan. Une compétition se déroule régulièrement à Esfarayen, dans l'arêne Zeinolkhan, lors du festival de Sizdah Bedar ; il est à noter que les femmes y sont conviées tout comme les hommes, ce qui est une chose rare dans cette république islamique. L'entrée n'est pas payante. Des musiciens, assis au milieu du champ sur lequel se déroulent les combats, comblent les temps morts du son de leurs timbales et hautbois. Les prix destinés aux vainqueurs sont divers : or, monnaie, meuble, sucre, mouton, cheval, poule, etc. Le champion du tournoi remporte néanmois un plus grand trophé : sa future épouse ! Car la coutume veut que le grand vainqueur ait le droit de courtiser la femme qu'il désire ; on considérait en effet que lorsqu'un champion parvenait à défaire un rival d'un village voisin, il était digne de gagner le coeur de sa bien-aimée.
Technique
La pratique du Pahlavani se déroule traditionnellement dans un Zoorkhaneh (Zour Xaneh) ou "maison de force". Il se présente comme un dôme sous lequel se trouve une fosse à moitié enterrée, où l'on s'entraîne torse nu. La présence des femmes y est formellement interdite.
Le conditionnement physique possède une grande importance, en particulier les exercices de musculation qu'on réalise à l'aide de divers instruments (Meel, Kabadeh, Sang, Takhteh Shena).
Le Koshti est techniquement très proche du Kushti, la lutte indienne, et du Yagli Guresh, la lutte turque. Dans le Chookheh, le lutteur remporte son combat s'il parvient à soulever son adversaire dans les airs et à le faire tourner en cercle, ou bien à lui faire toucher le sol de ses épaules.